Ali Abbasi
Tina travaille à la police des frontières. Un poste où ses facultés olfactives hors normes se révèlent être un atout précieux : en effet, elle peut ainsi aisément repérer les individus qui possèdent de la marchandise illicite dans leurs bagages. Par ailleurs, cette faculté extraordinaire lui permet de ressentir sentir la honte, la culpabilité ou la perversion chez les individus et cela, jusque dans les disques durs de leurs téléphones portables. Un jour cependant, elle appréhende un homme nommé Vore, aussi disgracieux qu’elle, et dont l’odeur la trouble sans qu’elle parvienne à en déceler les raisons. Comme connectés par un lien mystérieux, tous deux vont être amenés à se revoir jusqu’à ne plus pouvoir se passer l’un de l’autre.
Durant près de 1h30, le récit se concentre sur la description de cette relation basée sur un retour à la nature dans ce qu’il a de plus primitif. Au plus profond des sauvages forêts danoises, Vore et Tina nouent une complicité aussi malaisante que poétique, aussi sensuelle que bestiale. La proposition de cinéma à laquelle nous convie Ali Abbasi est singulière et plutôt radicale. Toutefois, on aurait aimé qu’elle s’inscrive dans un enjeu narratif plus stimulant. Longtemps, l’arrière plan presque « polar » qui voit Tina et ses supérieurs mener une enquête pour tenter de coincer un couple pédophile manque de consistance et ne semble pas à se rattacher à la quête identitaire de l’héroïne.
Certes, tous ces arcs narratifs vont se rapprocher soudainement livrant une morale assez étonnante : l’Homme peut être pervers, mais les autres espèces animales, aussi proche de la nature soient-elles, ne sont pas moins cruelles que lui ! Certains de ses individus ont même ancré en eux cette drôle de volonté qu’on appelle « humanité » et qui consiste à se dispenser de faire du mal à ses pairs. Alors que l’on entend à tout va que l’Homme est un monstre, ce discours fait parfois du bien. Ce final s’inscrit toutefois dans un ensemble sensitif très sombre et dérangeant. Il s’agit bien d’un film à l’atmosphère unique. En cela, on ne peut que louer son pari-pris esthétique. Il lui manque toutefois une histoire plus étoffée, susceptible de donner du sens et du corps à cette description dont on peine trop longtemps à saisir l’intérêt.

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