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Nomadland

Chloé Zaho

Tant que son mari était encore de ce monde, Fern vivait dans une zone pavillonnaire de la ville d’Empire dans le Nevada. Mais à la fermeture des portes de l’usine dans laquelle elle travaillait, ce qui était une cité ouvrière a été administrativement rayée de la carte. Depuis, elle a choisi de vivre dans son van en cherchant des petits boulots à droite et à gauche. Devant le peu d’offres existantes dans une région désormais sinistrée, elle se décide à prendre la route au gré de ses rencontres et des opportunités d’emploi qui s’offrent à elle.

 

 

Pas facile d’entrer dans l’univers de ce film presque documentaire dans sa manière qu’il a à mettre en scène les reclus d’un système capitaliste que personne ne cherche à remettre directement en cause. La colère semble être une donnée absente de ces nomades aux trajectoires de vie aussi diverses que chaotiques. Il s’agit souvent de personnes âgées qui, comme Fern, se cherchent une raison de vivre après la perte d’un être cher ou qui veulent simplement finir leur existence en goûtant une certaine forme de liberté. Pour autant, « Nomadland » semble un temps s’adresser aux amoureux de combis en tous genres et le fait qu’il n’y ait pas vraiment d’histoire n’incite guère à l’enthousiasme.

 

 

Toutefois, au fil du récit, on commence à se laisser bercer par la diversité des paysages traversés par Fern au cours de ses périples saisonniers. Par ailleurs, on se prend à s’enticher de la bonté naturelle de Dave, d’une Swankie dont les jours sont comptés et qui espère une dernière fois s’entourer du vol énergique des hirondelles, de la gentillesse naturelle de Patty ou de la douce voix de Bob, ce tendre gourou blessé par la vie qui ne cherche qu’à l’union et à l’entraide de l’ensemble des nomades du pays. Et puis, la performance toute en sobriété de Frances McDormand est absolument bluffante. Cela dit, « Nomadland » n’est clairement pas un film impressionnant. D'une sobriété quasi ascétique, il n'en demeure pas moins empreint d’une humanité qui fait chaud au cœur. A travers une mise en scène délicate et d’une bande-son qui l’est tout autant, Chloé Zaho donne la parole à des êtres qui ne seront jamais des héros. Écoutons leur parole car il ne nous est pas souvent donné de l’entendre et espérons qu’en effet, on finira tous par se « recroiser sur la route ».

 

 

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