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Tatami

Zar Amir Ebrahimi et Guy Nattiv

Leila est une judokate qui vient participer aux championnats du monde sous la bannière iranienne accompagnée de Maryam, son entraîneuse. A ce titre, elle ne compte pas faire de la figuration et espère bien glaner une médaille. Pourtant, les dirigeants de cette République Islamique lui intiment rapidement l’ordre d’abandonner la compétition sous prétexte qu’elle pourrait être amenée à se confronter à une combattante Israélienne. Sauf que Leila ne l’entend pas de cette oreille et tient à risquer sa chance quitte à faire peser sur les épaules de ses proches une pression de plus en plus menaçante.

 

 

Qui a dit que le sport n’était pas politique ? Inspiré d’histoires vraies toutes plus désolantes les unes que les autres, « Tatami » s’avère un film assez désespérant sur le fond. Que l’orgueil d’un pays vienne ainsi s’immiscer au sein d’une insignifiante compétition de judo paraît insensé. Qu’il n’hésite pas à briser le rêve d’une championne de briguer ce pour quoi elle consacre sa vie est révoltant. Certains diront que ce n’est que du judo et qu’en refusant d’obtempérer, elle met en danger ses parents et ses amis. On peut en effet condamner Leila pour son obstination égoïste, mais c’est oublier que la culpabilité dont elle ne peut se soustraire, aucun pays ne devrait la faire porter à ses représentants. Et si le film invite le spectateur à s’insurger devant de telles pratiques, il fait également état de la peur qui s’instaure chez ceux qui n’arrivent pas à lui faire entendre raison. Une peur de plus en plus légitime au fur et à mesure que la compétition avance et que l’on ressent intensément.

 

 

De fait, « Tatami » n’est pas un film complaisant : pas de scènes de tortures, pas de violences physiques directes. De la simple exhortation, on passe à une menace diffuse qui ne tarde pas à se matérialiser. D’un autre côté, Leïla tente de faire abstraction de ce contexte le temps de combats formidablement mis en scène. Au fil des tours, on se prend à rêver d’une possible médaille et on vibre avec la championne tout en appréhendant les conséquences d’un possible succès. Si les commentaires sportifs ne brillent pas par leur réalisme, la caméra se place au plus près des athlètes dont on entend le souffle saccadé par l’effort ou les râles provoqués par une clé de bras ravageuse. Alors que la vue se trouble parfois, les corps continuent de s’agripper avec détermination. A ce titre, le dernier combat s’avère assez haletant !

 

 

Il manque à « Tatami » l’effet coup de poing qui aurait pu faire de lui un chef-d’œuvre. Toutefois, en mêlant ainsi le sport à la politique, il réussit l’exploit de frapper juste sur les deux tableaux. Tout cela dans un noir et blanc classieux, signe d’un monde en butte à des injonctions d’un autre âge dont on aimerait qu’elles appartiennent définitivement au passé.

 

 

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